Après les sombres révélations de l’enquête, l’heure de la justice a sonné pour Joseph JACQUIN. Cette troisième partie de notre article sur le parricide de Chapareillan nous transporte au cœur du tribunal. L’attente est palpable, les regards sont tournés vers l’accusé. Quel verdict scellera le destin de cet homme au terme de ce procès qui passionne et divise la région ?
Le procès du parricide
Le procès s’ouvre le 9 août 1884, moins de deux mois après le meurtre.
Douze jurés sont tirés au sort, ainsi que deux suppléants, anticipant la longueur des débats. Puis Joseph JACQUIN comparaît, défendu par Maître CHARBONNIER.
Le président mène l’interrogatoire de l’accusé, exposant les pièces du dossier aux jurés attentifs. Puis les témoins défilent à la barre. L’accusation en présente onze, tandis que la défense en cite sept. L’avocat général développe ensuite les charges pesant sur l’accusé. Maître CHARBONNIER prend la parole le dernier et présente les arguments de la défense. C’est ainsi que les débats s’achèvent.
Lorsque le jury se retire, Joseph est conduit hors de la salle d’audience. Le jury répond oui à la majorité à toutes les questions posées, sans retenir de circonstances atténuantes. Dès lors, le sort de Joseph semble scellé. L’avocat général requiert l’application de la loi pénale qui prévoit la peine capitale pour les parricides. La cour se retire à son tour pour délibérer.
La tension est palpable lorsque la séance reprend. Le Président lit le texte de la loi pénale appliquée et prononce l’arrêt : Joseph est déclaré coupable de parricide et condamné à la peine capitale.
Le procès dans la presse
Un aller sans retour
Joseph JACQUIN se pourvoit en cassation, mais son pourvoi est rejeté le 11 septembre 1884.
Mais par un décret présidentiel du 24 octobre 1884, Jules Grévy commue la peine de mort de Joseph en travaux forcés à perpétuité1.
Le 18 novembre 1884, il est écroué sous le matricule 2782. C’est un homme de 1,65 m, au cheveux châtains et aux yeux roux, qui a le nez de travers.
La fiche de Joseph comporte des renseignements sur sa conduite avant condamnation : « JACQUIN est un homme d’un caractère très violent et très emporté, mais il est honnête et laborieux et il était même très estimé dans sa commune ».
Elle indique aussi qu’il avait pour moyens d’existence ses maigres biens immobiliers et son travail. Elle confirme que Joseph sait lire et écrire.
Joseph se retrouve à la citadelle de Saint-Martin-de-Ré qui est devenue, depuis 1873, l’unique dépôt des condamnés en partance pour la Guyane et la Nouvelle-Calédonie. Durant sa détention dans ce lieu de transit, Joseph, dont la conduite est jugée bonne, fabrique des « sacs en papier ».
Le 7 avril 1885, il quitte le sol français à bord du Fontenoy, à destination de la Nouvelle-Calédonie, un voyage de cinq mois vers un exil perpétuel. Il est enregistré à la colonie pénitentiaire sous le matricule 15 787.
Quatre ans plus tard, le 11 août 1889, il s’évade du bagne.
Le 15 février 1896, Françoise Joséphine, fille de Joseph, épouse son cousin germain Laurent PAYERNE. Laurent est le fils de Sophie Angélique3 JACQUIN, sœur de Joseph. L’acte de mariage mentionne que Joseph est en résidence forcée à Nouméa. Cela pourrait signifier que Joseph a été repris et renvoyé au bagne… à moins que la nouvelle de son évasion ne soit jamais parvenue jusqu’à Chapareillan.
- Archives nationales, grâces des condamnés à mort – JACQUIN (Joseph-François), parricides, Isère, 09/08/1884. BB/24/2058 dossier : 8962 S84
2. ANOM – Cote COL H 1297