Raoul FERET n’est pas seulement un nom gravé sur un monument aux morts. Militaire de carrière au 6e BCA1 et logisticien de l’Armée Secrète, il a orchestré dans l’ombre le ravitaillement des maquis de l’Isère sous le pseudonyme de « Marius ». De Grenoble à Mauthausen, voici l’itinéraire d’un homme de devoir dont le sacrifice a marqué l’histoire de la résistance.
L’enfance grenobloise
Raoul Marius Emile FERET naît à Grenoble le 19 août 1903. Il est le premier enfant de Paul Raoul Stéphane, comptable, et d’Andréanne Emilie Reverdy, gantière.
Le recensement de 1906 révèle l’agrandissement de la famille après la naissance de Claudette l’année précédente. Le foyer grenoblois accueille également la grand-mère maternelle, Rosalie.
Cependant, la tranquillité familiale est brisée en août 1914. Le décret de mobilisation générale rappelle Stéphane sous les drapeaux. Raoul, alors âgé de onze ans, voit son père partir au front. Ce dernier ne sera démobilisé qu’en janvier 1919, après plus de quatre ans au sein d’une unité combattante.
Le service militaire et la campagne du Rif
À son tour, Raoul est recensé en 1923, l’année de ses vingt ans. Il intègre le 15e bataillon de chasseurs à pied le 10 mai 1924. Il y gagne rapidement ses galons de caporal, puis de sergent.
Plus tard, en septembre 1925, il embarque pour le Maroc et participe à la campagne du Rif.
Entre 1921 et 1926, au nord du Maroc, la guerre du Rif oppose les tribus berbères, dirigées par Mohammed ben Abdelkrim Al-Khattabi, à l’armée espagnole. À partir de 1925, l’armée française intervient massivement aux côtés des espagnols pour écraser le mouvement rifain.
De retour en France fin octobre, Raoul est renvoyé dans ses foyers avec un certificat de bonne conduite.
La carrière militaire
En novembre 1928, Raoul s’engage à la sous-intendance militaire de Grenoble et intègre le 6e bataillon de chasseurs alpins.
Quelques mois plus tard, le 9 mars 1929, il épouse Raymonde Rose Adrienne TISSOT. De cette union naîtra une petite fille, Monique.
Ses années au 6e BCA sont marquées par une progression constante : nommé sergent-chef en février 1931, il devient sous-officier de carrière en juillet. Le 1er octobre 1938, il accède au grade d’adjudant.
Toutefois, cette période est assombrie par un drame personnel. En 1937, sa mère meurt tragiquement. L’autopsie infirme l’hypothèse d’un suicide, révélant qu’il s’agit d’un meurtre.
La mobilisation en 1939
Mobilisé dès le 2 septembre 1939, Raoul est promu adjudant-chef en mars 1940. Peu après, il embarque pour la Norvège avec son bataillon.
Ses faits d’armes en Norvège lui valent en juin 1940 une citation à l’ordre de la division et la Croix de guerre avec étoile d’argent.
« Chef de section de mitrailleuses du 9 au 14/05/1940, a assuré le commandement de sa section avec le plus grand sang-froid à un emplacement particulièrement exposé et malgré la violence du feu ennemi. »
Après un périple via Plymouth et Casablanca, il rentre à Marseille en août 1940. C’est alors que son destin bascule. Placé en congé d’armistice en 1941, il occupe un poste de comptable au 6e BCA tout en rejoignant clandestinement la Résistance. Sa fonction lui permet de camoufler du matériel qui sera envoyé plus tard dans le Vercors.
En août 1943, atteint par la limite d’âge de son grade, il quitte officiellement l’armée pour se consacrer pleinement à la lutte.
« Marius » : l’engagement dans la clandestinité
Sous le pseudonyme de « Marius », il intègre l’Armée Secrète sous les ordres d’Albert de Reyniès. Il se forme d’abord à la réception de parachutages en Oisans et dans le Vercors.
Nommé sous-lieutenant en janvier 1944, Raoul succède à Gustave EYSSERIC à la tête de la section de ravitaillement de l’Armée Secrète. Le 29 janvier 1944, il échappe de justesse à l’attaque et au massacre du maquis de Malleval, où son prédécesseur périt.
Désormais responsable de la logistique, Raoul convoie vivres, matériel téléphonique, radios et armements, utilisant parfois une simple remorque de bicyclette.
Pour équiper les maquisards, il n’hésite pas à détourner quatre cents tenues de chasseurs en les faisant passer pour des effets destinés à une colonie de vacances d’enfants de miliciens.
Il organise également la razzia du dépôt de Jeunesse et Montagne, situé rue Clôt Bey à Grenoble.
Sa sacoche professionnelle de la compagnie d’assurances Volkart lui sert alors de couverture pour transporter des documents clandestins.
Après le débarquement du 6 juin en Normandie, les volontaires affluent dans le Vercors. Le plateau se constitue en « République libre du Vercors », proclamée officiellement le 3 juillet. Le poste de Commandement de la Résistance s’installe à Saint-Martin-en-Vercors. Raoul y est présent le 25 juin, lors du défilé des troupes.
La tragédie de Valchevrière et l'arrestation
Un mois plus tard, le 21 juillet 1944, le commandement allemand lance une vaste opération contre le maquis du Vercors. Le 23 juillet, le lieutenant Abel Chabal, futur gendre de Raoul, meurt lors des combats de Valchevrière, après un ultime message à l’état-major.
Le 25 juillet 1944, deux jours seulement après ce drame, Raoul est arrêté à Grenoble. Dénoncé par un ancien du 6e BCA, il est transféré à la prison de Montluc à Lyon le 3 août.
Le calvaire des camps
Le 11 mai 1944, Raoul fait partie du convoi à destination du camp de Natzweiler-Struthof. Son périple à travers le système concentrationnaire nazi se poursuit à Dachau le 1er septembre. Le 20, il arrive à Mauthausen, avant d’être envoyé au camp annexe de Melk le 25 septembre.
Raoul meurt d’épuisement et de maladie au camp de Güsen le 13 mars 1945. Il est officiellement déclaré « Mort pour la France ».
Le Krankenlager ou Camp des malades : Face à l’afflux de déportés mourants ou inaptes au travail à partir de 1944, un sous-camp spécifique pour les malades est aménagé à la périphérie immédiate de Mauthausen et de Gusen II. C’est là que les nazis entassent les prisonniers épuisés en provenance des annexes.
Médailles et honneurs posthumes
Raoul FERET est décoré de la Médaille coloniale avec agrafe « Maroc 1925 ».
La Médaille militaire lui est octroyée à compter du 7 octobre 1940.
En 1955, la Nation reconnaissante nomme Raoul FERET au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.
Cette nomination comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec Palme et de le Médaille de la Résistance.
Aujourd’hui, un cénotaphe2 honore la mémoire de Raoul FERET à la nécropole de Saint-Nizier-de-Moucherotte.
Conclusion
Le parcours de Raoul Féret rappelle que la liberté a été chèrement acquise. Pour le généalogiste, reconstituer une telle vie est un devoir de mémoire. Au-delà de son statut de soldat, Raoul Féret a exercé des responsabilités logistiques essentielles à l’organisation de la Résistance locale. Son inscription à la nécropole de Saint-Nizier-de-Moucherotte confirme son rôle déterminant dans l’histoire de la Résistance en Isère.
Sources
Cet article a été rédigé dans le cadre de l’atelier blog CLG-Formation.
Thème du mois de mai 2026 : un résistant.